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Si le Peugue m'était conté ...

 

LE PEUGUE

 

L e mot d'origine latine pelagus (signifie eaux débordées d'une rivière) a donné peugue en gascon et se prononçait péougue. Il est resté dans la langue moderne avec le sens de la pleine mer, le large, l'élément liquide.

Comme les ruisseaux de Pessac, le Peugue naît ruisseau de la lande. Il prend sa source dans les zones de l'amorce du plateau landais où le sous-sol est plus ou moins imperméable et où l'écoulement est difficile. Le rassemblement des eaux, plus ou moins ferrugineuses, se fait en général dans les lagunes aux formes arrondies, parfois parfaitement rondes. Les crastes sont des fossés de drainage qui alimentent ces ruisseaux.

Les sources du Peugue situées dans l'ancien Domaine des Anguilles, aujourd'hui terrain municipal désigné sous le nom du Bois des Sources du Peugue, sont dites résurgentes et de ruissellement.

Des dunes de sable se formèrent le long de ses rives et tout au long de son cours, permettant l'exploitation au siècle dernier de verreries, telle celle du Vallon.

Le Peugue était le canal de la mer signalé par les Rôles Gascons (feuille sur laquelle on écrivait les actes ou les titres de notoriété attestant, entre autre, la jurisprudence).

Au 12ème  siècle le port de Bordeaux réduit à sa plus simple expression se situait sur l'embouchure de la Devèze et du Peugue et par temps calme, un peu sur la Garonne, entre ces deux cours d'eau. Le plus gros trafic régnait sur l'embouchure du Peugue, abri sûr pour la batellerie légère, assurant faute de pont, le passage des voyageurs, pèlerins, poissons, bois. D'autre part, ces mêmes barques pouvaient traverser toute la ville sur le cours d'eau et permettait d'alimenter le vieux marché. Le port du Peugue prit une grande importance à partir de 1650 et fut baptisé port des étrangers.

Des moulins s'établirent au bord du Peugue, au pied de la cathédrale Saint-André, au bord du chemin qui longeait le cours d'eau, en remontant la rive jusqu'à Pessac. Parmi ces moulins connus, figurait celui de Crespiac, déjà signalé en 1247 (aujourd'hui disparu) et se situant sur la propriété actuelle des Carmes à Pessac.

Il nous reste comme témoignage de ce temps le moulin de la Ferme Expérimentale, dit de Noès, rebâti en dur au XVIIIe siècle sur l'emplacement d'un moulin plus ancien. Les bassins des moulins, plus vastes que nécessaires, permettaient l'élevage des poissons, revenu complémentaire de la meunerie. Une cressonnière subsista longtemps avenue de Noès.

Une importante activité régnait sur le cours du Peugue générée par de nombreux lavoirs, dont certains d'entre eux formaient de véritables entreprises, les lavandières animant ses berges au bruit de leurs battoirs, tandis que les animaux venaient s'y désaltérer dans des bassins formés naturellement et employés comme abreuvoirs.

Des processions existaient encore au siècle dernier, afin de bénir par des sermons les eaux ainsi que les habitations telles ces maisons basses situées près des ruisseaux, habitées généralement par des blanchisseuses. Une de ces cérémonie avait lieu le jour de la Saint Marc, par le clergé de Sainte Eulalie, les habitants ayant improvisé une chaire rustique, composée d'une grande baille que l'on nomme en patois un bugadey ou en français un bugeoir, cette baille était exhaussée sur deux tréteaux où l'officiant montait pour faire son petit sermon.

     Lavoirs au bord du Peugue entre Pessac et Bordeaux

À Pessac, plusieurs châteaux et villas alimentaient leurs étangs poissonneux grâce au ruisseau du Peugue notamment, le château du Haut-Bourgailh, (disparu), ainsi que le domaine des Eclusettes (aujourd'hui la Réserve).

Pour la petite histoire, l'emplacement de l'asile d'aliénés Château Picon (aujourd'hui hôpital Charles Perrens), fut choisi, en 1869, entre autre, pour sa proximité avec le Peugue. En effet celui-ci assurait le service de l'eau pour tous les besoins et le débarras de toutes les eaux vannes de l'asile. Le tout à l'égout n'existant pas, le ruisseau permettait certaines commodités d'usage.

Ruisseau urbain, le Peugue se transforma progressivement en égout à ciel ouvert et fut l'objet de nombreuses pétitions. Il dut être canalisé sur une grande partie de son cours.

Réhabilité aujourd'hui, notamment par l'aménagement du bois des sources du Peugue ainsi que par la coulée verte, il permet à chacun de se réapproprier ses berges même si au fil du temps son cours s'est amoindri. Reste le plaisir de s'y promener à pied, à vélo et même à cheval.