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Si le Peugue m'était conté ...

BORDEAUX

I

l y a près de deux mille ans, les Bituriges Vivisques (originaires du Berry) possédaient, dans un marais formé par la Garonne, un port appelé Bourdigalla.

Situé sur la terrasse alluviale de grave du Mont Judaïque et du Puy Paulin, il s'élevait de dix à douze mètres au-dessus du fleuve.

Il est probable que ce port avait une origine celto-phénicienne. Dans l'une et l'autre langue de ces peuples morts, Burdigala veut dire le port du bourg.

Le site de Burdigala bénéficiait à cette époque, sur la rive gauche de la Garonne dans sa partie concave, d'une mouille de 7 mètres de profondeur, formée par l'embouchure de la Devèze et du Peugue où la marée basse n'imposait pas l'échouage ; ainsi, de gros bateaux pouvaient-ils s'avancer au plus près sans risque. On y pratiquait le commerce de l'étain et du bronze.

C'est sur la terrasse de grave du Puy Paulin que prennent place toutes les découvertes protohistoriques.

L'emporion pré-romain de Burdigala pourrait avoir eu une superficie maximum de 5 à 6 hectares.

La stratigraphie semble quasiment ininterrompue de la fin du 6ème siècle avant J. C. à la conquête romaine. Cette dernière ne semble pas avoir affecté de manière brutale le mode de vie des bordelais.

A la fin du Ile siècle la cité gallo-romaine couvre une superficie de 150 à 170 hectares.

De nombreux monuments virent le jour à partir de cette époque (les Piliers de Tutelle, le Palais Galien, divers temples et aqueducs). De nombreuses nécropoles s'élevèrent le long des axes principaux. L'une d'elle a gardé son nom aujourd'hui de Terre-Nègre (lieu où l'on répandait les cendres sur le sol lui donnant une couleur noire caractéristique).

Suite aux invasions germaniques de l'an 270 après J. C., Burdigala se resserre dans le castrum et utilise les ruines des monuments de l'ancienne ville pour ériger ses fortifications.

La superficie du castrum représente alors 31 hectares. Ses murs s'élèvent à 10 mètres de hauteur, sur 5 mètres d'épaisseur, pour une longueur de 2 300 mètres.

Selon l'historien Léo Drouyn, on y entrait par quatorze portes. Les dernières découvertes ramènent ce chiffre à quatre portes, dont la porte Naviguère qui protégeait le port, le reste étant des tours simples, sans ouverture sur l'extérieur.

La construction du castrum traduit une nouvelle conception de la ville et de l'espace urbain, en apparence radicalement opposée à celle qui avait prévalu sous le haut empire.

Le choix du site de la ville nouvelle a été fait en fonction du port, c'est à dire de l'estuaire de la Devèze, que l'on a décidé ici de protéger et d'intégrer, pour cette raison, à l'intérieur du castrum.

Le port constituait l'ossature économique de la cité bordelaise.

C'est vraisemblablement en raison du détournement de son affluent le Peugue, pour alimenter les fossés du castrum, que ce port s'envasa progressivement dès le 5ème  siècle et fut complètement abandonné dès la fin du 6ème siècle, le port étant alors déplacé hors du rempart, sur la berge même de la Garonne.

À cette époque, les marais (paludes) entouraient la cité à l'ouest et au nord, le ruisseau du Peugue lui servant de fossé au sud. Ce premier rempart va protéger, tant bien que mal, et contenir la ville durant sept siècles. Malheureusement, il n'arrêtera pas plusieurs invasions, musulmane, franque et normande.

Le  Peugue, rue Dufau à Bordeaux

Extrait de Scènes du Bordeaux d'autrefois

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 Cours du Peugue dans le Vieux Bordeaux (extrait de Higounet 1980)

Un important marché dit le Vieux Marché (Lou mercat) s'installa sur la rive droite du Peugue (actuellement Place Fernand Lafargue). On note sa présence dès 1155. Il fut pendant plusieurs siècles le centre de l'activité de la ville.

Les petits bateaux pouvaient ainsi remonter le cours du Peugue et permettaient un approvisionnement constant des produits venant du haut pays par la Garonne, transportés sur les gabares (embarcation à voile et à rames servant à décharger les navires ou à naviguer sur les rivières).

En raison de l'accroissement de la population, une seconde enceinte commença en 1220, portant la surface remparée à 41 hectares. Elle représentait alors une excroissance méridionale de la première englobant le faubourg Saint Eloi.

 

Construite approximativement dans les années 1300-1330, la troisième enceinte quadrupla la superficie enclose.

Elle permit d'inclure dans la ville de nombreux faubourgs tels que Sainte Croix, Saint Michel, Sainte Eulalie, Saint Pierre.

Sa population atteignait, avant la peste de 1348, 30 000 habitants.

 

Quelques monuments datant de ces diverses époques

LE PALAIS GALIEN

Amphithéâtre de quinze mille places, édifié au 3ème siècle ; il fut ravagé par l'incendie qui, en 276, détruisit Bordeaux. Ses ruines servirent de refuge aux truands et filles publiques et la rumeur en fit le rendez-vous des sorcières. Un maire de la Révolution le transforma en carrière, c'est pourquoi il n'en reste aujourd'hui que quelques pans de murs.

L'ÉGLISE SAINT SEURIN

Une première église du nom de Saint Etienne, aujourd'hui disparue, fut construite au 3ème siècle. Elle fut supplantée, trois siècles plus tard, par une basilique abritant les restes de Saint Seurin, protecteur de Bordeaux.

Différents édifices se succédèrent, chaque fois détruits par des invasions. Une nouvelle église s'édifia aux alentours de l'an mille, dont subsistent le porche et la crypte, ainsi que les constructions du  12ème siècle, tels le chevet, le transept, une partie de la nef et des bas côtés, le clocher occidental et la tour carrée du clocher sud. La nef actuelle est du 13ème siècle.

L'ensemble fut remanié à plusieurs reprises jusqu'en 1844.

Cette basilique fut à l'origine d'un important lieu de pèlerinage sur les Chemins de Compostelle.

L'ÉGLISE SAINTE-CROIX

Cette église abbatiale fut, à l'origine, celle des Bénédictins fixés au 7ème siècle. Ravagé par les pirates normands, le monastère bénédictin a disparu. Une nouvelle église fut construite à la fin du 11ème siècle. Elle fut sans cesse remaniée jusqu'au 19ème siècle.

LA CATHÉDRALE SAINT-ANDRÉ

De l'église de la fin du 11ème siècle, il ne subsiste que le mur occidental en moellons. C'est dans cette première église que fut célébré en 1137 le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Louis VII, futur roi de France. On y entrait après avoir franchi la façade qui s'appuyait sur le rempart de la ville. Lui succéda une grande cathédrale romane dont la construction débuta au 13ème siècle et se poursuivra jusqu'au 16ème siècle.

LA GROSSE CLOCHE,

Beffroi de la ville ; il fut édifiée en 1450 en remplacement de la vieille porte Saint Éloi ouverte sur le rempart du 13ème siècle. A l'origine, cette porte Saint Éloi dite aussi porte Saint James, était constituée de quatre tours rondes aux quelles furent adjointes, au 13ème siècle, deux autres tours. L'ensemble formait un véritable château qui abritait l'Hôtel de Ville. Plusieurs modifications successives transformeront la physionomie primitive de cette porte. De l'ensemble médiéval que formait la porte Saint Éloi, il ne reste aujourd'hui que la grosse cloche.

SAINT PIERRE

Le quartier Saint Pierre s'est constitué à partir du 12ème siècle, à la périphérie du castrum gallo-romain, sur les boues de l'ancien port intérieur. L'église primitive a été décrite par l'historien Grégoire de Tours. L'église actuelle a été construite au 14ème siècle sur l'emplacement du bassin Naviguère. Elle fut remaniée au 19ème siècle.

 

Quelques noms de rues ayant gardé leurs appellations depuis leur origine

- La rue de la Rousselle, figure dans une bulle du pape Alexandre III en 1165 (en gascon Rossela)

- la rue du Port, connue dès 1293

- la rue Saint-James n'a pas changé de nom depuis sept siècles

- la rue Sainte-Colombe, connue en 1333

- la rue Mautrec, connue en 1339 (du mot gascon mautreit mauvais trajet)

- la rue Saint-Eloi, connue en 1380

- la rue Leyteire, connue depuis 1387 (du mot gascon leitèira laitière)

- la rue Maubec, connue en 1400 (en gascon mauvais bec, mauvaise langue).